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Valmondois village d'artistes

retrouvez ici les photos de la journée du 13 janvier

Discours de M. Huisman à l'occasion de la cérémonie des voeux:

Chers amis,

Bonne année à tous.

 Nous sommes donc en 2018 : il y a cinquante ans, la France vivait Mai 68. Pour ceux de ma génération, ceux qui eurent de 15 à 25 ans autour de Mai 68, on a peine à imaginer à quel point leur monde a changé grâce à Mai 68. Je voudrais en quelques minutes vous proposer quelques réflexions que m’inspire l’évocation de mai 68.

L’une des figures essentielles de Mai 68 fut Daniel Cohn-Bendit. Cet homme aura marqué depuis 50 ans la vie politique française de façon selon moi très positive d’abord parce qu’il a contribué à montrer l’importance des questions écologiques mais aussi parce qu’il a œuvré pour l’Europe et la construction de l’Europe de façon décisive.

C’est à Nanterre, à la fac de Nanterre qu’il fit ses premières armes. On a peine à penser aujourd’hui que ce qui mit la France entière en arrêt et en émeute pendant plus d’un mois fut d’abord provoqué par la volonté de quelques garçons (dont Cohn-Bendit) d’avoir accès aux chambres des filles alors que celles-ci avaient elles le droit d’aller dans la chambre des garçons.

Or, à cette époque, à Nanterre, exerçait un très grand professeur de philosophie, qui pour ma part, inspire nombre de mes réflexions actuelles,  Paul Ricoeur.  Cohn-Bendit et Ricoeur se sont plusieurs fois rencontrés autour de Mai 68.

Une première fois, Cohn-Bendit l’apostropha au cours d’une assemblée générale : « Ricœur, d’où tirez-vous votre pouvoir ? » Et Ricoeur lui a répondu, non sans dit-il « avoir été décontenancé » : « Eh bien, je tire mon pouvoir de ce que… j’ai lu plus de livres que vous ! » 

Quelques semaines plus tard, Ricoeur figurait aux côtés d’Alain Touraine et d’Henri Lefebvre au nom des « avocats » de Daniel Cohn-Bendit devant la commission disciplinaire qui doit statuer sur son renvoi de l’université. 

Doyen de la faculté, Paul Ricoeur est, en janvier 1970, au cours d'une bagarre, pris à partie, molesté et coiffé d'une poubelle. Cette posture humiliante à l’égard d’un grand penseur qui acceptait en même temps d’être responsable d’une institution, déshonore rétrospectivement ceux qui ont commis ce forfait. Et d’ailleurs, 20 ans après, Cohn-Bendit présentera publiquement ses excuses à Ricoeur pour  cela.

Si j’évoque aujourd’hui ce souvenir de 68, c’est que ces deux personnages, Paul Ricoeur et Cohn-Bendit, 50 ans après et par un destin assez paradoxal, inspirent encore l’histoire de notre pays : c’est auprès d’un homme âgé aujourd’hui  de 40 ans et qui n’était donc  pas né en 1968, que converge l’influence de ces deux personnages, je veux parler bien sûr  d’Emmanuel Macron.

Ce qui m’intéresse pour ma part dans la démarche et l’itinéraire de ces deux personnages de mai 68, c’est qu’ils ont l’un et l’autre profondément évolué et qu’ils ne se sont pas arrêtés aux seules idées qu’ils avaient à un moment adoptées. Le monde a changé : aussi Ricoeur et Cohn-Bendit ont-ils changé leurs idées pour continuer à penser le monde. La trop grande fidélité aux idées de sa jeunesse devient une faute car elle solidifie en des principes désuets et anachroniques ce qui avait été en son temps des idées vives et fécondes. Se souvenir de Mai 68, ce n’est pas avoir de la nostalgie pour notre jeunesse, c’est mesurer à quel point il nous a fallu changer nos idées depuis pour rester en contact avec le monde qui change.
Cette vocation à faire évoluer nos idées pour accompagner les changements du monde, Hannah Arendt que Paul Ricoeur a contribué à faire connaître, Hannah Arendt en faisait l’un des principes essentiels de sa philosophie : 

« …c’est là le propre de la condition humaine que le monde soit créé par des mortels afin de leur servir de demeure pour un temps limité. Parce que le monde est fait par des mortels, il s’use ; et parce que ses habitants changent continuellement, il court le risque de devenir mortel comme eux. Pour préserver le monde de la mortalité de ses créateurs et de ses habitants, il faut constamment le remettre en place. Le problème est tout simplement d’éduquer de façon telle qu’une remise en place demeure effectivement possible, même si elle ne peut jamais être définitivement assurée. »( …) Arendt La crise de l’éducation

Il faut donc savoir renouveler et se renouveler. Et cela me conduit à la deuxième partie de mes propos d’aujourd’hui. Pendant longtemps, dans un village en France, le personnage principal fut le curé ; puis l’instituteur ; puis le maire. Et enfin pour ceux qui savent précisément reconnaître les vrais responsables, c’est désormais la secrétaire générale de la mairie. A Valmondois, depuis quelques années c’est Marijo Cochet, celle que tout le monde connaît sous son prénom Marijo. 
Marijo a décidé de prendre sa retraite au 1er mai prochain après avoir travaillé à la mairie de Valmondois depuis 1993 ; elle m’aura accueilli à la mairie en 1995 comme secrétaire à l’accueil (précisément) en 1995 et depuis nous ne nous sommes quasiment pas quittés. En 2010, alors que le secrétariat général était vacant après une période un peu « rock’n roll », j’ai nommé Marijo comme secrétaire générale et depuis cette date, chaque jour, je me suis félicité de cette décision et de cette promotion. Pour deux raisons essentiellement : la première, c’est la confiance ; la seconde c’est la bonne humeur.
Je voudrais, après vous avoir adressé tous mes vœux de bonne année, remercier publiquement au nom de tous les habitants de Valmondois Marijo pour l’ensemble du travail qu’elle a offert à la commune et lui remettre de façon symbolique ce bouquet de fleurs qu’elle aura peut-être l’occasion de peindre, puisqu’au milieu de ses très nombreuses qualités, c’est aussi une artiste.

Bruno HUISMAN, Maire de Valmondois

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