Voici la première entrevue dune nouvelle série qui portera sur les artistes exposés à La Villa Daumier.
Nous espérons que ces portraits permettront aux Valmondoisiens
et aux internautes de toute la région de préparer leur visite à la
Villa ou de retrouver avec plaisir un artiste qu’ils ont
apprécié sur place.
Joël LAITER,
photographies.
Exposition « Du côté de chez Victor »
du 26 septembre au 8 novembre 2009.
Vos photographies peuvent faire penser à des peintures, et
certaines dans leur composition, à de l'art décoratif. Quelles
sont vos influences, votre formation initiale ?
Votre commentaire me surprend : le terme « art décoratif »
me semble inapproprié. Je suis de formation scientifique,
plutôt
matheux. Mais après des études d’architecture aux
Beaux-Arts, j’ai changé de cap et je me suis dirigé, par un
hasard familial, vers la photographie. Je trouvais en effet que le
décalage était trop important entre des études passionnantes et la
réalité du métier d’architecte. J’ai donc commencé ce
passionnant travail comme photographe pour des magazines de
décoration et des revues féminines, comme le Figaro
Madame, qui à l’époque bénéficiait d’un tirage
énorme puisqu’il était distribué gratuitement avec
l’hebdomadaire du même nom.
J’ai ainsi passé énormément de temps à construire de toutes
pièces des décors et des intérieurs très variés, en partant des
dessins et des plans jusqu’à la touche finale : les lumières,
à la fois naturelles et spectaculaires. Je suis donc naturellement
attiré par les intérieurs.
Pourquoi avoir choisi celui de Victor Hugo à Guernesey
comme sujet de photographies et de votre publication Victor
Hugo, l’exil. L’Archipel de la Manche paru chez
Hazan en 2001 ?
C’est d’abord le magazine Maisons Côté
Ouest qui m’a commandé un reportage-photo sur cette
magnifique demeure romantique du XIXème siècle ayant appartenu à
Victor Hugo,véritable création de l’écrivain. De là
m’est venue une irrésistible envie de lecture de son
œuvre. Il m’était déjà arrivé de me plonger
ainsi dans un auteur grâce au hasard d’une commande
professionnelle, comme avec James Joyce par exemple. J’ai
donc lu les livres que Victor Hugo avait écrit dans cette maison
alors qu’il était en exil : Les Travailleurs de la
mer, L’Archipel de la Manche et surtout ses
carnets, sa correspondance ainsi que les poèmes
d’Océan. J’ai été touché par sa fascination pour
la mer, les états d’âme de l’élément marin, les
changements du climat, le vent, les tempêtes. J’ai senti
vivre Victor Hugo dans cette maison foisonnante d’objets et
de pièces uniques, à l’image de sa production littéraire, et
dans ses nombreuses lettres décrivant son quotidien d’exilé.
C’est ainsi que j’ai eu l’idée de marier des
photographies de tout l’archipel anglo-normand à des
citations extraites de l’œuvre d’un auteur qui me
fascine et qui fut lui-même captivé par ces lieux.
Pourquoi avez-vous utilisé ces bleus tourmentés ?
Je dois dire que j’aime l’art lorsqu’il
est sombre, triste. Pour moi, l’art est mélancolie. Sinon, il
me semble manquer de profondeur, de réflexion. Je ne suis pas un
être triste, pourtant j’adore la tristesse. Je suis passionné
par l’art de la Renaissance italienne, et par la peinture de
ma compagne, dans les gris bleu, les teintes sombres. Nous nous
rendons régulièrement en Italie pour voir cette peinture.
J’aimerais intituler une prochaine exposition « le monde est
vide ». Donc pour moi, le bleu, qui est la couleur froide par
excellence, traduit cette esthétique. C’est la lumière de la
nuit, la couleur de la tempête, de la mer. J’aime représenter
le mystère et l’angoisse. Je sais que ce n’est pas un
goût partagé par notre époque, mais j’y reste fidèle.
Pour finir, pourriez-vous nous dire comment s’est
passée votre rencontre avec le village de Valmondois ?
Je connais Valmondois depuis ma rencontre il y a environ
un an avec Michel et Tao Guével. Je devais faire un reportage
photos pour Canopée, le magazine de la chaîne de magasins
Nature et Découvertes. J’y présentais les sculptures en
verre des Guével, à l’aube, sur une plage de Bretagne. Nous
avons fait le trajet ensemble, passé là-bas des instants
merveilleux et nous nous sommes liés d’amitié. Ainsi,
lorsqu’ils m’ont proposé d’exposer mon travail
sur Victor Hugo dans le village de cet autre grand artiste
qu’est Honoré Daumier, je n’ai pu qu’accepter.
Daumier est réputé pour ses caricatures et malheureusement pas
suffisamment pour sa peinture que je trouve magnifique. De
surcroît, cette maison-galerie est un écrin charmant, simple et
bucolique.