Valmondois, Communauté de communes de la Vallée de l'Oise et des Impressionnistes
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Honoré Daumier à l'oeuvre au restaurant Le Ratapoil

Le village de Valmondois n’a pas échappé à l’évolution inexorable qui conduit à la disparition des petits commerçants et des petits artisans. Jusqu’à une époque récente, on n’y trouvait plus que deux cafés-restaurants ou débits de tabac. Depuis, la boulangerie a été remise en exploitation  puis un restaurant s’est ouvert.

 

Les abords

Ce  restaurant se trouve dans les parages de l’église, et plus précisément 43, Grande Rue à Valmondois. Le propriétaire, fervent admirateur d’Honoré Daumier, a choisi pour enseigne une célèbre statuette, appelée Ratapoil, modelée par le grand caricaturiste. Ratapoil, qui présente une certaine ressemblance avec Louis-Napoléon Bonaparte,  a été créé pendant la campagne électorale de celui-ci. C’est le type de l’agent provocateur, matamore et brutal, personnage hautement antipathique, dont le choix peut étonner. C’est évidemment par antiphrase que ce nom malsonnant a été choisi pour devenir l’enseigne d’un établissement accueillant.

Le restaurant se trouve au fond d’une cour fermée par un large portail à deux battants de couleur bleu clair, dont la surface est abondamment décorée de dessins humoristiques dans lesquels les patrons  bien reconnaissables, se font « charrier ». Aussi ce portail vaut-il la peine qu’on s’y arrête. D’ores et déjà on y prend un avant-goût de l’ambiance générale de la maison. Alors ne croyez pas ce qui est écrit sur la lenteur du service! C’est de l’autodérision ! L’antiphrase continue ! Entrez donc plutôt ! Après avoir traversé la cour, vous arrivez dans une petite pièce d’accueil, où vous vous débarrassez de vos vêtements de dessus. Ne manquez pas d’admirer les  œuvres d’un peintre du coin (Malmaison), qui occupent  toute la surface des murs. Des plats pendent du plafond. Mais les yeux tombent aussi sur une petite porte dont l’inscription « Oui, c’est ici ! » vous invite à  entrer pour régler  quelques opérations préalables au repas. D’ailleurs, entrez même si vous n’avez  pas à vous y laver les mains : « la visite vaut le détour » ! Une fois à l’intérieur,  négligez  cet œil dessiné sur le mur : votre intimité est respectée, vous n’êtes pas dans un « peep show » ! et puis il y a ce cobra qui se dresse au son d’un fifre mais voyez plutôt vous-même !

 

La salle du restaurant 

Il est maintenant temps d’entrer dans la salle de restaurant. Il suffit de gravir quelques marches et on  l’embrasse du regard. Les murs sont couverts de cadres où vous pouvez voir de nombreuses reproductions de lithographies de Daumier ainsi que des portraits du grand homme. Ils sont devenus des cimaises.
Une belle horloge franc-comtoise est logée dans une niche ; son lourd et lent balancier semble rappeler  aux convives qu’ils sont ici pour prendre leur temps : manger est un des plaisirs de la vie et certains mets  valent la peine d’être longuement savourés. Alors dégustez ! Admirez ! Musardez !
La salle admet une quarantaine de personnes assises à l’aise et pas du tout au coude à coude. Les chaises sont recouvertes d’une longue housse qui les habille jusqu’au sol. On y voit des pastoureaux et des scènes de la vie à la campagne au XVIIIe siècle. La maison est ancienne. Son authenticité a été préservée. Elle a conservé ses poutres apparentes. De belles assiettes décorées y sont accrochées.
Un coin est occupé par l’automate qui représente Honoré Daumier assis à une table, face aux convives. Il est immobile, mais on peut le mettre en mouvement. Il reproduit alors l’un des quelque soixante-dix dessins pour lesquels il est programmé. Sa main opère  avec lenteur, sûreté et précision. Quand il a fini,  il repose sa main.
Telle est, succinctement décrite, la salle du restaurant. Mais il en existe une autre, moins grande. Ne la cherchez pas du regard : elle est aménagée dans les profondeurs de la maison. C’est une cave, une vraie à l’ancienne et voûtée .Elle est réservée aux petits groupes, à ceux qui, en famille par exemple, souhaitent rester entre eux. Elle n’est pas moins décorée que la grande salle. On peut admirer de nombreux tableaux dont le choix révèle l’éclectisme du patron. Là encore on est comme dans un musée. Elle peut accueillir une vingtaine de convives.

 

A table

Le décor  étant planté, il est maintenant temps de passer aux nourritures terrestres. Le menu y aide. Chacun compose son repas en choisissant parmi les douze entrées, puis parmi les douze plats de résistance et enfin parmi les douze desserts, ce qui permet 1728 combinaisons différentes de quoi satisfaire les clients les plus exigeants.
La direction a renoncé  aux appellations clinquantes qui sont quelquefois l’œuvre d’un cuisinier plus habile à enjoliver les noms qu’à mijoter de bons plats. Ce n’est pas ici qu’on proposerait une « Sauce à la Daumier ». Non ! Ici les coquilles Saint-Jacques flambées au whisky ne s’appellent  pas « Délices de Compostelle aux vapeurs d’Ecosse » mais tout simplement « Coquilles Saint-Jacques flambées au whisky ». La cave ? elle ne se visite pas, mais à voir ce qu’il en sort dans les mains du patron, on peut supposer qu’elle est bien garnie. Tiens ! Une voix s’exprime en anglais : « I beg your pardon ? you don’t speak French ?  It doesn’t matter ! I do speak English ,  enough to help you ! »  L’éventuelle clientèle anglophone qui viendrait visiter le village où Daumier passa la fin  de sa vie, peut prendre un repas au Ratapoil.
La dernière étape, celle de la caisse c'est-à-dire de l’addition, ne peut évidemment pas être évitée mais ce n’est pas ce qu’on appelle vulgairement « la douloureuse ». Ici, l’enseigne c’est  « Ratapoil », pas « Au coup de fusil » !
Voilà, pour l’essentiel, le restaurant qui, à Valmondois, fait les délices de la clientèle locale ou venue d’ailleurs.

Il est ouvert du mardi au samedi,  midi et soir, et plus précisément de 12 heures 15 à 14 heures 15 et de 19 heures 45 à 21 heures 15.
On n’y trouve pas de frites, pas de ketchup, pas de coca-cola ni de bière. Les chiens ne sont pas admis ; les cigarettes non plus. Les tickets restaurant ne sont pas acceptés. Il est impératif  de réserver. Téléphone : 01 34 69 68 51  http://leratapoil.com

Source: Marcel Mercier, "Les bonnes tables du Val d'Oise", Les Chroniques de Valmondois, Editions du Valhermeil, 2008.

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