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L'installation d'Honoré Daumier à Valmondois
On peut légitimement
s’étonner qu’Honoré Daumier, né à Marseille,
« monté à Paris » où il passa une grande partie de sa
vie, se soit finalement fixé à Valmondois, village de quelques
centaines d’habitants où il mourut et fut provisoirement
inhumé. C’est que Daumier avait parmi ses amis
Charles-François Daubigny et Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume. Or,
Daubigny mis en nourrice à Valmondois, conserva pour ce village un
goût qu’il communiqua à Geoffroy-Dechaume, lequel y acquit
une maison en 1861. Daumier y était souvent invité. Mais il aimait
Paris où il disposait d’un vivier de personnages et de scènes
de la vie quotidienne bien fait pour alimenter son art. En 1865, un
artisan-maçon, le père Gueudé, lui loua une maisonnette à
Valmondois. Mais ce n’est qu’en 1874 que cette maison
lui appartint.
Les conditions dans lesquelles
Daumier est devenu propriétaire sont restées longtemps mal connues,
de sorte qu’il n’est pas sans intérêt de les préciser,
maintenant qu’elles sont élucidées.
Corot savait que son ami, dont la
vue faiblissait, ce qui réduisait son activité artistique et donc
ses revenus, avait du mal à payer son loyer et risquait
l’expulsion. Il aurait décidé de lui offrir une maison, ainsi
qu’il semble ressortir de la lettre
suivante :
« Mon cher camarade,
J’avais à Valmondois, près de l’Isle-Adam, une
maisonnette dont je
ne
sais que faire. Il m’est venu à l’idée de te
l’offrir et, comme j’ai
trouvé
l’idée bonne, je suis allé la faire enregistrer chez le
notaire.
Ce n’est pas pour toi que je fais ça, c’est pour
ennuyer ton
propriétaire.
A toi,
Corot ».
Le ton est plein de tact.
Visiblement, Corot veut éviter d’humilier son vieux camarade.
Cette lettre eut longtemps valeur de preuve pour démontrer que
Corot avait fait don d’une maison à Daumier. Elle est
reproduite dans le Daumier peintre et lithographe de
Raymond Escholier (H. Fleury éditeur, 1923).
Selon une autre version, Daumier a
acheté sa maison chez un notaire de l’Isle-Adam. Or on
possède l’acte notarié qui porte la signature de Daumier.
Cette version est donc seule crédible, puisque attestée par un acte
authentique. Il reste admis que Corot aurait offert à Daumier une
somme d’argent égale au prix de la maison. Si c’est
exact, c’est néanmoins Corot qui aurait offert la maison à
Daumier.
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