|
L'installation d'Honoré Daumier à Valmondois l Le cheval dans le Vexin dans les années 1930 l XXXIème salon de peinture l La fête communale dans les années 1930 l Honoré Daumier et la musique l Personnalités valmondoisiennes des XIXè et XXè siècles l Mailles, boucles et entrelacs l Argus à Valmondois l Querelle des Anciens et des Modernes l Peut-on faire un paysage en 2002 ? l Mort et inhumation d'Honoré Daumier l A propos d'une monographie l Les Chroniques de Valmondois par Marcel Mercier l Cadre pour un portrait l Bienvenue à Valmondois l Souvenirs d'un collectionneur l Michel Charpentier Honni soit qui mal y pense l Far-West à Valmondois l La gare de Persan-Beaumont avant 1944 l La retraite aux flambeaux l XXXème salon de peinture l Valmondois l Géographie de Valmondois l La maison de la Meunerie l Daumier et la campagne l Les lavandières du Sausseron l Marie-France Mac Carthy l René Blanc à Valmondois l Georges Huisman l Petits formats l HISTOIRE DE VALMONDOIS l A propos d'un automate l Brigitte Laurent et Valérie Boyce l Scènes de la vie d'autrefois l Honoré Daumier à l'oeuvre au restaurant Le Ratapoil l Les escapades d'Honoré Daumier l Survol historique de Valmondois l Lucien Dufourmentel l L'exposition Eli Samson ou l'apothéose de la couleur l L'affaire des poteaux laids l Narcisse et sa postérité l Souvenirs de l'école de Valmondois l Histoire de l'école publique de Valmondois l Georges Duhamel à la Naze l La cimenterie de Beaumon-sur-Oise l La Vie Illustrée de Daumier
Honoré Daumier et la musique
Exposition à la Villa
Daumier du 16 au 24 mai 1998
La municipalité de Valmondois a eu
l’heureuse idée de rassembler en une exposition des
œuvres d’Honoré Daumier consacrées à la musique. En
effet, le regard de Daumier s’est posé sur le monde de la
musique comme il s’est posé sur celui de la basoche, sur
celui des carabins et sur celui des politicards.
Il les a tous représentés, ceux qui tournent
autour de la musique : professionnels, amateurs,
saltimbanques ; joueurs d’instruments à cordes, joueurs
d’instruments à vent ; musiciens d’orchestre,
musiciens de salon, musiciens de la rue ; ténors et
cantatrices. Le public ou plutôt les publics sont présents aussi,
car l’artiste n’a épargné personne.
Ne saurait-on pas que l’auteur
s’appelle Daumier qu’on lui en attribuerait quand même
la paternité. Le regard de l’hôte célèbre de Valmondois
s’est attardé sans complaisance ni animosité sur le monde
qu’il observait. Il a au premier coup d’œil et
infailliblement discerné l’expression, le travers,
l’attitude, le geste qui caractérise l’être humain dans
son rapport à la musique et à l’acte musical, mais aussi le
rapport du musicien avec son instrument, le rapport de
l’auditeur avec le musicien ou le chanteur. A travers la
musique ce sont les êtres humains, leurs calculs, leurs
arrière-pensées que traque et débusque Daumier en vue de rendre
visibles leurs sentiments. Les dessins qui représentent un médecin
et son patient, un avocat et son client sont saisissants de vérité
mais une légende est toujours utile, voire indispensable, pour
rendre intelligible la nature de la situation. En revanche, les
dessins qui ont trait aux musiciens sont compréhensibles sans
l’aide d’un texte. Pas besoin d’explication
écrite pour montrer le musicien qui accorde son instrument, le
pianiste qui se trémousse et se démène sur son clavier,
l’instrumentiste qui peine à déchiffrer sa partition, la
cantatrice qui, tête rejetée en arrière et mains jointes sur sa
poitrine, s’égosille devant son public, le ténor aux limites
de l’aigu qui se torture le visage et tend les mains en un
geste qui se voudrait pathétique, les amis aimables ou flagorneurs
qui admirent ou feignent d’admirer la fille de la maison qui
martyrise le piano, le prétendant debout près de la belle pianiste
courtisée qui, les yeux fermés, dans une feinte pruderie, ne veut
pas l’entendre. Tous sont vivants, saisissants de vérité et
une légende ne ferait que gâcher le dessin. Quant au spectateur qui
s’ennuie, nous l’avons tous rencontré. Car en voilà un
que la musique n’intéresse pas ! Il a tenté de réprimer
son bâillement, mais le sommeil ou l’ennui sont les plus
forts. La bouche se distord. Plus le bâilleur résiste plus sa
bouche s’ouvre. Il s’efforce de le dissimuler en
baissant la tête. Trop tard : il bâille. Plein de bonne
volonté néanmoins, il applaudit et il applaudit d’autant plus
fort qu’il s’est plus ennuyé !
Ces types humains, ces comportements sont de
tous les temps. C’est au XIXè siècle, certes, que Daumier les
a fixés pour l’éternité mais ils sont aussi
d’aujourd’hui. Les types ainsi créés par Daumier sont
de tous les temps et de tous les pays et c’est là qu’il
atteint le sommet de son art et touche à l’universel :
il a vu, il a compris, il a dessiné. Le musicien, le chanteur, le
flagorneur, le bâilleur sont là, autour de nous, et,
n’étaient les changements de mode vestimentaire, on aurait
l’impression de les connaître et de pouvoir leur donner un
nom.
Peu lui importe finalement la musique :
elle n’est pour Daumier que le prétexte à croquer les hommes
(et les femmes), leurs travers, leur envie de briller, leur
mesquinerie, leurs petits calculs, leurs ridicules. Dans ce domaine
comme dans celui du droit ou de la justice ou de la politique, ce
qui intéresse et passionne Daumier, c’est le permanent,
l’universel. Daumier n’est ni cruel ni féroce ni
méchant. Il est objectif. Il voit l’être humain tel
qu’il est, sans s’indigner et sans protester. Il le
crucifie sur la toile. Là, Daumier ne mène pas un combat contre
l’injustice, l’intolérance, la sottise ou la médiocrité
du règne de Louis Philippe. Il observe et note. C’est un
naturaliste. C’est le Buffon de l’espèce
humaine.
A un seul moment de cette série de dessins
Daumier s’est laissé aller à un acte suspect de
subjectivité : il a logé parmi les saltimbanques des figures
connues : Victor Hugo jeune et encore glabre qui, dans une
attitude qui lui est familière, baisse la tête comme pour faire
mieux admirer son front immense encore grossi par Daumier ; à
côté, Hector Berlioz qui semble déchiffrer une partition, peut-être
celle de la Symphonie Fantastique ; et puis un
personnage qu’une affiche sur laquelle on peut lire Les
enfants d’Edouard semble permettre
d’identifier : Casimir Delavigne ? Mais pourquoi
diable Daumier a-t-il voulu égratigner ces célébrités de
l’époque ? Quant au Journal des Débats, sa
présence rappelle peut-être que Berlioz y fut critique
musical.
Oui ! Peu importe la musique à Daumier car
à un seul moment il l’a figurée : l’orchestre se
déchaîne sous la baguette impétueuse de quelque maestro
invisible ; les notes déferlent et se bousculent par-dessus la
tête de l’auditoire éberlué, traversé de sentiments divers.
« Faut-il l’admirer ce tintamarre ? Faut-il
s’en indigner ? » semble-t-on se demander. Pour le
coup, une légende est nécessaire. Daumier malmène la musique de
Wagner qui, en l’occurrence, ne doit pas être celle des
Préludes de Lohengrin.
|
||