Caricatures politiques autour de DaumierExposition du 6 au 28 juin 2009 à la Villa Daumier
« Autour de Daumier » 1830-1871, caricatures politiques En préambule à l'exposition que vous pouvez visiter actuellement et jusqu'au 28 juin à la Villa Daumier, voici l'éclairant discours d'ouverture prononcé par monsieur Philippe Altmeyerhenzien, collectionneur, sur le dessin de presse et la caricature.
« Autour de
Daumier »
1830-1871, caricatures
politiques.
Villa Daumier
Chers
amis,
Je voudrais que vous
sachiez que c’est ma première exposition, qui plus est
organisée dans le village d’Honoré Daumier, vous comprendrez
donc que je sois un peu ému...
Je voudrais tout
d’abord commencer par remercier :
·
Madame le maire Noêlle Lenoir, et les membres du
conseil municipal de Valmondois qui ont permis d’organiser
cette exposition, mais aussi,
·
Tao et Michel Guevel, Wolf Stieglitz et les autres
membres de l’association de la Villa Daumier qui ont assuré
toute la logistique de
l’exposition,
·
et enfin les amis et la famille qui sont venus
nombreux ce soir, dont certains de loin.
L’idée de cette
exposition à la Villa Daumier est née il y a un an lors d’un
déjeuner à Valmondois dans le jardin de Michel Parfenov: mes amis
qui savaient que je collectionnais les gravures anciennes
m’ont alors proposé d’exposer celles-ci à la
Villa.
J’ai en effet
constitué depuis environ 7 ans une collection de gravures
anciennes, essentiellement françaises et hollandaises, surtout du
17 et 18ème siècle.
L’offre de mes
amis m’a bien sur séduit mais je leur ai expliqué
qu’entre par exemple le thème de la gravure érotique au
17ème siècle dans le département de la Creuse ou celui
du développement de l’estampe maniériste en Hollande entre
mai et octobre 1598, le thème de la caricature politique me
paraissait plus approprié pour la Villa
Daumier.
Et je leur ai alors
proposé de centrer l’exposition non pas exclusivement sur
Daumier, que beaucoup d’expositions honorent
traditionnellement, mais « autour de
Daumier », afin de valoriser, certes Daumier, mais
surtout des artistes contemporains de Daumier (Grandville,
Descamps, Monnier, Traviès, etc..) que l’on montre
généralement moins.
Réunir un ensemble
convenable sinon cohérent de caricatures politiques du
19ème siècle était un peu une gageure et sans
l’aide de plusieurs amis (Wolf Stieglitz, Didier Martinez) ,
je n’aurai pas pu réunir la centaine d’oeuvres que vous
allez voir exposées ici ce soir.
Ces œuvres ne
sont pas à proprement parler des gravures mais des lithographies
car elles ont été imprimées à partir d’une pierre calcaire,
une pierre lithographique et non pas à partir d’une plaque de
cuivre ou d’acier gravée. Vous pourrez voir exposée au
premier étage, grâce au prêt de Mr Martinez, une pierre
lithographique, qui fut un procédé de reproduction nouveau au début
du 19ème siècle pour les artistes
exposés.
Le thème de
l’exposition, la caricature politique au 19ème,
signifie que vous ne verrez pas de caricatures de mœurs du
type les médecins, les gens de justice, les bourgeois,
etc..
Vous verrez sur des
thèmes forts et pour certains graves des caricatures féroces, dures
comme finalement était l’époque
Il s’agit donc
d’une exposition d’une centaine de lithographies
« autour de Daumier » :
L’exposition
comporte 16 caricatures de Daumier, la moitié dite en Charivari,
c’est-à-dire imprimée à même la feuille de journal imprimée,
l’autre dite en blanc, c’est-à-dire des épreuves
imprimée sur des feuilles blanches de qualité et tirées à un petit
nombre d’exemplaires qui étaient en général destinés à un
public de collectionneurs.
Les autres
lithographies sont de Granville, de Descamps, de Monnier, de
Bouquet, de Traviès, de Gil, etc.. amis ou collègues et en
tout cas contemporains de Daumier, travaillant pour les journaux La
Caricature et Le Charivari par exemple, mais tous, peu ou prou
du même bord politique, c’est-à-dire des
républicains.
L’exposition est
organisée en 3 parties qui correspondent à trois périodes
historiques :
·
Au rez de chaussée et dans une pièce du
1er étage, la Monarchie de juillet à partir de
1830,
·
Au 1er étage dans une pièce, la seconde république
et le second empire (1848-1869) et,
·
Dans une autre pièce du 1er étage, la
défaite de 1870 et la Commune de Paris.
·
Quels sont les thèmes
illustrés par les caricatures ?
La critique
de la personne du roi et de ses ministres, avec la fameuse image de
la poire de Philippon (le fondateur de La Caricature et du
Charivari) pour représenter la figure de Louis-Philippe qui revient
partout durant la période 1830-1835 ;
La critique
de Napoléon III et de sa famille, avec l’image du melon par
Gil en hommage à la poire de Philippon,
La défaite
de la république en 1851,
Le soutien
des peuples opprimés (Italie, Pologne,
Belgique),
La défaite
de la France face aux prussiens en 1870, le siège de
Paris,
La défense
de la liberté : liberté d’expression, suffrage
universel.
A propos de
la liberté d’expression, il est important de noter que la
plupart des caricatures présentées ici ont été publiées dans des
journaux : plus du tiers des œuvres est issu du Journal
satirique « La Caricature ». Les autres ont été publiées
par le Charivari, L’Eclipse, Le Grelot , La Lune,
..
A
l’époque, qui dit journal, dit large tirage et grand public,
ce qui est nouveau pour les artistes de l’époque, mais qui
dit accès au grand public dit aussi risque de censure et répression
de la presse.
Les
artistes comme Daumier et ses contemporains ont en effet affaire à
des régimes peu tolérants, durs.
A
cet égard, vous pouvez observer que la partie de l’exposition
consacrée à la monarchie de juillet s’arrête en
1835.
Pourquoi ?
Mais parce
que suite à l’attentat de Fieschi en juillet 1835 (Fieschi,
o
rganisateur d'un attentat
contre
Louis-Philippe
et la famille royale,
qui manqua son but mais fit dix-neuf morts)
, la censure est rétablie par
Louis-Philippe. Suite à cette censure,
La
Caricature
, ainsi que 30
autres journaux, disparaissent,
Le
Charivari
se reconvertit
dans la satire sociale.
Daumier se
consacrera jusqu’aux alentours de 1848 presque exclusivement
à des caricatures de mœurs.
De la même
façon, entre 1852 et 1867, qui correspond à la période la plus
répressive du second empire, assez peu de caricatures politiques
seront globalement produites par les artistes du
temps.
Des
caricatures sur la défaite de Sedan et la Commune de Paris
continueront d’exprimer ce désir, ce besoin de résistance, et
ce malgré la répression très féroce qui s’exercera sur les
citoyens qui osent lever la tête,
C’est pourquoi le thème principal de
l’exposition est pour moi, au delà de la caricature
politique, celui de la liberté d’opinion, la liberté de
la presse, la liberté tout
court !
Et je
voudrais à cet égard saluer, outre le talent de dessinateur et
l’humour satirique des artistes présentées dans
l’exposition, leur courage, leur opiniâtreté et leur capacité
de résistance à des régimes politiques qui furent oppressifs et
réactionnaires.
Ce courage
et cette capacité de résistance sont, me semble t-il, toujours
d’actualité, aujourd’hui, en France et hors de
France.
Et pour
plagier un professeur de philosophie marseillais, j’ai envie
de crier,
« Daumier, je te
vois » !!
« Bouquet, je te
vois » !!
« Grandville, je te
vois » !!
et
d’ajouter « Daumier, Bouquet, Grandville, et les autres
..continuez » !!
Philippe
Altmeyerhenzien.
@ Droits
Juin 2009
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